Le mot a été lâché par le président de la République et conforté par son ministre de lIntérieur: « Les terroristes servent des intérêts étrangers, des capitales étrangères et des dirigeants étrangers ». Sil ne sagit pas dune réaction émotive, de qui parle-t-on ?
Difficile de considérer Oussama Ben Laden ou Ayman Edhawahiry comme étant des dirigeants étrangers ou les représentants de « capitales étrangères », cest-à-dire, dans le langage diplomatique et journaliste usuel, des Etats. Personne ne prend de gants avec ceux-là pour les désigner comme des terroristes. Alors à qui pensait Abdelaziz Bouteflika en désignant des « capitales étrangères » et des « dirigeants étrangers » ?
LIran ? Outre que le régime des mollahs na pas datomes crochus avec les radicaux salafistes, on peut constater que, contrairement à la décennie 90 où lon ne manquait pas de le désigner comme un soutien au terrorisme, les rapports entre Alger et Téhéran sont plutôt bons et que sur de nombreuses questions ils sont dans la convergence dintérêts. Mieux, lors de sa dernière visite, Ahmadinejad a reçu un appui remarqué de la part du Président sur le délicat dossier nucléaire qui oppose lIran aux Occidentaux, Etats-Unis en tête. Téhéran, en dépit de la manière dont elle est présentée dans les médias occidentaux, a une attitude très rationnelle. Elle na pas de raison objective de créer des problèmes à lAlgérie et à son gouvernement.
Le Maroc ? On peut supposer quil est désormais suffisamment brûlé par le fléau pour quil ne se risque pas à jouer avec ce feu. Qui alors ?
Les Américains ? Voilà une thèse déjà suggérée par Louisa Hanoune, à la suite de lépisode de « lalerte imminente » aux attentats lancée par lambassade des Etats-Unis en avril dernier et qui avait provoqué des scènes de panique dans la capitale. Cétait dans un meeting public. La présidente du PT avait affirmé que les attentats contre le Palais du gouvernement et le commissariat de Bab-Ezzouar nétaient pas du « terrorisme aveugle » mais une attaque ciblant « lEtat algérien ». Ses arguments ? La « renationalisation » des hydrocarbures découlant de labrogation de la loi sur les hydrocarbures libéralisée qui déplairait à Washington, son refus daccepter la présence de bases étrangères.[/b] Cest le privilège de celui qui nexerce pas de fonctions officielles que de pouvoir exprimer ses convictions et analyses sans grandes contraintes que celles de la vraisemblance. Yazid Zerhouni avait à lépoque évité daller sur le terrain de Louisa Hanoune en recourant à une formule imagée pour exprimer sa colère: « Ils nous prennent pour des canards sauvages ! ».
[b]Mais ce nest pas un secret de dire quil ne manque pas de gens à partager les suspicions exacerbés de Hanoune, même sil est clair quon est dans le domaine de la présomption et non celui de linformation. Même la « qaïdisation » du GSPC a été perçue comme une forme daméricanisation du jeu, qui serait celle dun activisme radical sans attaches nationales qui justifierait la réponse « antiterroriste globale » des Américains. Et qui couvrirait aussi, « en dernière instance », diraient les marxistes, des appétits économiques comme lénergie et les matières premières. Bien sûr, il y a beaucoup déléments qui ne cadrent pas avec cette lecture qui est une prise de position politique et non de linformation.
Alors, quelles sont donc ces capitales étrangères ? Il faudra se contenter de léquivoque de la situation, car ni Bouteflika ni Zerhouni ne semblent en mesure daller plus loin dans la désignation « des intérêts étrangers, des capitales étrangères et des dirigeants étrangers » qui profitent des actes terroristes. Si cest un langage codé, il a peut-être été compris par les destinataires.
« Il ny a personne en Algérie qui pourrait tirer profit de ce genre dattentats », a dit Zerhouni, comme sil incitait à regarder ailleurs. Mais on nest pas très avancé dentendre dire que lAlgérie est « revenue en force sur la scène internationale, notamment dans le domaine économique » et que « cela a peut-être gêné certains intérêts étrangers ».
our se faire entendre, les Algériens ont choisi le silence. En refusant dans leur grande majorité de se rendre aux urnes, le 17 mai, pour renouveler leurs députés, ils n'ont pas suivi les appels au boycott lancés par la branche d'Al-Qaida au Maghreb. Ils ont en réalité manifesté leur refus de cautionner davantage le semblant de vitrine démocratique qui leur est imposé depuis des années : institutions vides de sens et de pouvoir, multipartisme de façade, responsables politiques réduits à l'état de pantins... Jamais la population algérienne n'avait manifesté un tel désintérêt pour une consultation électorale depuis l'indépendance du pays : 35,5 % de participation, selon le taux officiel. Dans la réalité, sans doute encore moins (entre 12 % et 20 %).
Le pouvoir a-t-il entendu le message qui lui était adressé ? A écouter Yazid Zerhouni, le ministre de l'intérieur, se féliciter, d'une voix monocorde, deux heures durant, vendredi 18 mai à Alger, du succès de ces élections législatives, on peut en douter. Difficile de savoir si le ministre croyait à ce qu'il disait ou s'il ne cherchait qu'à sauver les apparences, face à la presse algérienne et internationale. M. Zerhouni pourra-t-il jamais mesurer, en tout cas, l'ironie de la situation lorsqu'il a célébré "la maturité politique" dont venaient de faire preuve les citoyens algériens à l'occasion de ces élections législatives ?
Sur ce point, le ministre ne se trompe pas. La société algérienne n'est pas immature. "Elle est même très bien informée sur les standards minimaux d'une vie politique sérieuse. Ne pas le comprendre ne peut mener qu'à des déconvenues, souligne K. Selim, éditorialiste au Quotidien d'Oran. Le système en place est totalement organisé sur une logique de conservation et surtout de défiance à l'égard d'une société qui s'est rebellée en 1988 et qui a "mal voté" (en faveur des islamistes) en décembre 1991. Et il ne semble pas près de sortir de cette fixation qui le pousse à décider lui-même de la représentation des Algériens."
Le pouvoir reste en effet hanté par la victoire du Front islamique de salut (FIS), il y a seize ans. Il n'a de cesse, depuis, de façonner une scène politique à son image, en entretenant artificiellement des apparences de partis - la nouvelle Assemblée populaire nationale (APN), truffée de plus d'une vingtaine de formations différentes, certaines microscopiques, a des allures de mosaïque -, à coups aussi d'interdictions, d'éliminations ou, à l'inverse, de regroupements forcés.
Dernier exemple en date de ces manipulations à courte vue : la disparition du parti El Islah du paysage politique. Par des manoeuvres administratives, le pouvoir a éliminé il y a deux mois Abdallah Djaballah, le chef charismatique de ce parti islamique agréé, non membre de l'Alliance présidentielle. Dans la nouvelle APN, El Islah (conduit par un autre leader, sans légitimité) ne dispose plus que de trois sièges, contre quarante-trois précédemment. Or M. Djaballah conserve une réelle popularité au sein d'une bonne partie de l'électorat islamiste en Algérie. A l'inverse de son frère ennemi, le Mouvement de société pour la paix (MSP, ex-Hamas), cet islamiste pur et dur, à l'allure austère, n'a jamais accepté d'entrer au gouvernement et a toujours exprimé des positions critiques à l'égard du pouvoir.
El Islah n'a sans doute pas tort d'affirmer qu'il a été écarté parce que faisant de l'ombre au FLN et que son chef Djaballah devenait une figure trop visible de la scène politique algérienne. Mais escamoter M. Djaballah ne le fait pas disparaître. D'autant que les chaînes de télévision paraboliques du Golfe, Al-Jazira notamment, s'empressent de lui offrir leur antenne. Son éviction suscite une grande frustration en Algérie, au sein de l'électorat islamiste. Même problème avec l'ex-FIS, dorénavant interdit, mais dont les chefs historiques, Abassi Madani (exilé au Qatar) et Ali Benhadj (resté à Alger), conservent leur aura. Soigneusement annoncés à l'avance, les déplacements d'Ali Benhadj dans les mosquées d'Alger sont suivis avec une ferveur discrète mais réelle par de nombreux fidèles, souvent des jeunes.
APPARITIONS INOPINÉES
Gracié, donc libre de ses mouvements comme beaucoup d'autres islamistes depuis la "réconciliation nationale", il y a un an et demi, Ali Benhadj semble tenté de mettre fin à la retraite que le pouvoir lui avait imposée, ces trois dernières années, à sa sortie de prison. Le numéro 2 de l'ex-FIS fait de plus en plus fréquemment des apparitions inopinées ici et là - à Blida, Alger ou ailleurs -, quitte à plonger dans l'embarras ou la fureur ceux à qui il rend visite de façon ostensible...
Seize ans après l'interruption du processus électoral, le pouvoir algérien ne peut que le constater : le traitement autoritaire de l'islamisme est un échec. L'électorat islamiste refuse de se laisser capter par les partis du pouvoir. D'où le gouffre qui sépare les partis de la société, d'où surtout la crise de la représentation politique en Algérie. En janvier 1995, une proposition de solution - le "Contrat de Rome" - était apparue. Parce qu'elle préconisait de vrais mécanismes légaux pour quiconque accéderait au pouvoir et qu'elle insistait sur la question des libertés, elle allait être rejetée par le pouvoir. Mais l'Algérie, si elle veut avancer, pourra-t-elle éviter éternellement d'établir un vrai contrat entre le pouvoir et les forces politiques réelles ?
Pour l'heure, le "système" est surtout préoccupé de sa survie. Les jeux d'ombres se multiplient, alors que la santé du président Bouteflika décline. Le peuple algérien est tenu dans l'ignorance de l'état réel de son président, ce qui ajoute au climat d'incertitude et d'anxiété. Officiellement, M. Bouteflika est en pleine forme. Il est même "infatigable", a affirmé, le 18 mai, le chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, contre toute évidence. "L'entourage du président parvient presque à donner le change. Mais ce qu'il n'arrive pas à faire, c'est à masquer ses absences prolongées", admet un membre du pouvoir.
Soumis à des traitements répétés - qui le redopent un temps -, préoccupé par le mauvais état de santé de sa mère, âgée de 91 ans, plus encore que par le sien, M. Bouteflika ne préside plus vraiment la maison Algérie. D'autres s'en chargent pour lui. Ils le font dans la pagaille, sans la lucidité et la capacité d'anticipation que réclame le pays. L'Algérie est en état d'ébullition sociale. Les jacqueries se poursuivent, du nord au sud et d'est en ouest, parfois une semaine durant. Privés de véritables représentants, les jeunes Algériens ne connaissent que l'émeute comme moyen d'expression. L'étincelle menace depuis longtemps d'enflammer le pays. Il suffirait d'un rien...
« Nous nous sommes fixé une feuille de route ambitieuse »
Nicolas Sarkozy effectue aujourdhui sa première visite en Algérie en qualité de président de la République française. Quoique court, ce déplacement à Alger constitue également pour le nouveau locataire de lElysée le premier voyage hors de lEurope. Le successeur de Jacques Chirac viendra en Algérie prendre contact avec son homologue algérien et présenter, par la même occasion, son projet dunion méditerranéenne. Un projet qui, se plaît-on à souligner à Paris, marque la volonté du nouveau président français de jeter des ponts solides et durables entre lEurope et le Maghreb. A ce propos, lon rappelle que M. Sarkozy fait du projet de lunion méditerranéenne un « axe majeur de sa politique étrangère ». Le président français, qui viendra également pour réaffirmer « lamitié profonde » de la France pour les pays du Maghreb, devrait également saisir lopportunité de sa rencontre avec le président Bouteflika pour aborder les questions dintérêt commun. Aussi, si aucun accord nest attendu, ils devraient passer en revue les questions énergétiques (nucléaire civil, gaz), ainsi que le problème de visas. Dans un entretien exclusif accordé à El Watan et à El Khabar, le président français évoque dans le détail, justement, sa conception des relations algéro-françaises et aborde, de front, les dossiers sensibles, y compris celui controversé de la mémoire et de lhistoire. A mentionner que M. Sarkozy sera accompagné, lors de ce déplacement à Alger, du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et de Rama Yade, secrétaire dEtat aux droits de lhomme. Dans la même journée, il se rendra à Tunis.
Monsieur le Président, vous vous rendez en Algérie, étape dune tournée maghrébine qui sera la première en dehors de lUnion européenne. Concrètement, quattendez-vous de cette visite, dautant quon a évoqué à maintes reprises le désir de Paris dopérer une refondation dans ses relations avec Alger ? Quentendez-vous par asseoir une relation exceptionnelle avec Alger alors que les rapports paraissent ternes sur le plan politique et que lidée de « traité damitié » est abandonnée ? Par ailleurs, vous avez proposé la mise en place dune « union méditerranéenne ». Sur quel type de construction un tel projet peut-il aboutir ? Est-il possible de parler dune coopération avec la rive sud de la Méditerranée alors que lEurope ressemble à une forteresse et pensez-vous que la politique européenne de voisinage est à même dêtre une alternative au processus de Barcelone qui a échoué ? On peut faire lamitié sans un traité damitié. Ce qui importe surtout, cest de donner au partenariat entre les deux pays un contenu concret qui soit perceptible par les Algériens et par les Français. Pour atteindre cet objectif, nous nous sommes fixé une feuille de route ambitieuse, mais aussi, je crois, réaliste, qui recouvre tous les domaines de la coopération entre les deux pays : formation des cadres, échanges économiques et investissements, énergie, coopération en matière militaire et de sécurité, circulation, etc. Nous avons aussi défini une méthode pour réaliser ce programme, comprenant une série déchanges de visites aux niveaux politique et technique afin de faire mûrir tous ces projets en vue dune autre visite que jai proposée au président Bouteflika de faire à la fin de cette année. Un objectif (le partenariat dexception) ; un contenu ; une méthode pour sa mise en uvre : voilà ce que je propose pour les relations franco-algériennes dans les prochains mois. Lapprofondissement de nos relations bilatérales avec chacun des partenaires du Sud et la mise en chantier de lunion méditerranéenne sont deux démarches complémentaires. La Méditerranée est notre deuxième espace de solidarité, après lEurope, et les deux se recoupent dailleurs largement. La prospérité, la stabilité, la sécurité des deux rives de la Méditerranée sont interdépendantes. Notre histoire, notre vie culturelle, nos sociétés sont mutuellement imprégnées. Notre mer commune est aussi un enjeu écologique majeur. Ensemble, nous pouvons faire mieux pour développer les échanges commerciaux, culturels et humains, prévenir les crises et mieux gérer celles qui existent déjà ou se déclarent. Vous minterrogez sur larchitecture de ce projet. Jai bien sûr quelques idées, mais elles sont encore préliminaires, et si jai souhaité faire très rapidement une première tournée maghrébine, cest justement pour consulter nos partenaires de la rive sud, et en priorité ceux qui en constituent pour nous le cur, dont lAlgérie, par laquelle je commencerai ma visite, et qui est appelée, si elle le veut bien, à jouer un rôle clé dans cette nouvelle initiative. Là aussi, il ne sagira pas de refaire, ni de défaire, ce qui a déjà été fait, mais de redonner vigueur à ce qui existe, de voir quelles structures seraient les mieux à même dassurer le pilotage du dispositif et de décider dores et déjà de quelques initiatives concrètes. Sur tout cela, les conseils et lexpérience du président Bouteflika me seront très précieux. Dans lune de vos déclarations vous dites : « Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres. » Cette manière de voir les choses nest-elle pas un frein à une amélioration réelle des relations avec lAlgérie surtout quAlger demande à la France de reconnaître les crimes commis durant la colonisation qui a duré 132 ans ? Les jeunes générations, de part et dautre de la Méditerranée, sont tournées vers lavenir, plutôt que vers le passé, et ce quelles veulent, ce sont des choses concrètes. Elles nattendent pas de leurs dirigeants que, toutes affaires cessantes, ils se mortifient en battant leur coulpe pour les erreurs ou les fautes passées, parce quà ce compte, il y aurait beaucoup à faire, de part et dautre. Cela ne veut pas dire quil faut occulter le passé, car toute grande nation, et cela vaut pour la France comme pour tout autre pays dans le monde, doit assumer son histoire, avec sa part de lumière et sa part dombre, et certainement quil y a eu beaucoup dombres, de souffrances et dinjustices au cours des 132 années que la France a passées en Algérie, mais il ny a pas eu que cela. Je suis donc pour une reconnaissance des faits, pas pour le repentir, qui est une notion religieuse et na pas sa place dans les relations dEtat à Etat. Le travail de mémoire doit continuer, mais dans la dignité et lobjectivité, à labri des polémiques et des tentatives dinstrumentalisation politique. Ce cheminement doit aussi se faire des deux côtés, car il ne sagit pas davoir une partie qui doit accepter sans discuter la vérité de lautre. Cest seulement ainsi que lon pourra avancer, peu à peu, vers une lecture commune de lhistoire, dont il ne faut pas se cacher quelle prendra du temps. Je veillerai de mon côté à ce que ce travail se fasse, pour ce qui dépend de ladministration française, par exemple à travers la coopération entre les deux directions des archives. Les médias ont aussi leur rôle à jouer et ils ont déjà beaucoup fait pour éclairer les opinions publiques. Un regard plus lucide et objectif sur le passé, des deux côtés de la Méditerranée, fera beaucoup pour parvenir à des relations apaisées entre les deux pays. Mais je crois tout autant quil ne faut pas faire des questions de mémoire un préalable, car dans ce cas nous pénaliserions tous les Algériens et les Français qui attendent de nous des avancées rapides dans nos relations. Etes-vous satisfait du niveau des rapports économiques et de lengagement français en Algérie, cela sachant que des critiques sont régulièrement émises par rapport notamment à la frilosité des entreprises françaises (celles-ci préfèrent lactivité commerciale) à investir directement en Algérie ? Par ailleurs, vous avez émis le souhait dun rapprochement entre Sonatrach et Gaz de France. Vous vous êtes dit daccord aussi pour que la France coopère avec lAlgérie dans le domaine nucléaire civil durant la campagne présidentielle. Est-ce toujours votre position ? Comment voyez-vous lévolution de la coopération énergétique entre lAlgérie et la France ? LAlgérie est notre premier partenaire économique sur le continent africain. Mais cette situation est loin dêtre acquise, car nos entreprises font face à une forte concurrence et les dernières années ont montré une tendance à lérosion de leurs positions. Il leur faut donc faire preuve de plus de dynamisme et dimagination que jamais. Les entreprises françaises devront ainsi, de plus en plus, sengager, comme elles ont commencé à le faire, dans des formes nouvelles de partenariat avec leurs homologues algériennes. Les investissements en font partie et je souhaite que les nôtres se développent. A cet égard, nos entreprises ne sont pas si « frileuses », puisquen 2006 elles ont été les premiers investisseurs hors hydrocarbures et les deuxièmes, hydrocarbures inclus, derrière les Etats-Unis. On peut faire mieux, jen suis persuadé. Mais cela suppose aussi de lever certains obstacles à linvestissement, quil sagisse du foncier, de la protection de la propriété intellectuelle ou de la concurrence provenant du secteur informel. Dautre part, au-delà des grands contrats qui répondent aux programmes gouvernementaux très ambitieux de modernisation des infrastructures et présentent de fantastiques opportunités pour les entreprises françaises, je crois fortement à la nécessité de développer la présence de nos PME, qui assurent déjà 50% de nos exportations, et de les encourager à se rapprocher des PME algériennes. Je souhaite lélaboration dune véritable stratégie pour encourager ce rapprochement entre PME françaises et algériennes. Quant à lénergie, jai eu loccasion de souligner, avant même mon élection, son importance pour la relation entre les deux pays. Elle est en effet de nature à structurer celle-ci et illustre le lien dinterdépendance qui existe entre eux. Or nous sommes complémentaires : la France dispose de la technologie nucléaire, alors que lAlgérie commence à penser à laprès-pétrole. Dautre part, nous avons autant besoin de sécuriser nos approvisionnements en gaz pour le futur que lAlgérie de pouvoir compter sur un accès sûr et garanti au marché français et, au-delà, européen. On ne peut donc que souhaiter un rapprochement entre les compagnies françaises GDF, mais aussi Suez et Total et Sonatrach. La France est-elle prête à vendre des armes à lAlgérie, un pays qui a tendance à diversifier ses sources dachat ? Et quelles seront, à lavenir, les grandes lignes de la coopération dans le domaine militaire ? Je serai très ouvert aux demandes algériennes, de la même façon quà celles des deux pays voisins, dès lors quelles contribuent à lobjectif de renforcer la sécurité régionale et la stabilité de ces pays, qui est pour moi une priorité. Nos entreprises ont été approchées pour de nombreux projets de fourniture déquipements modernes, dans les domaines naval, aérien et terrestre, ainsi que pour des propositions de partenariats industriels. Il faut reconnaître que peu ont abouti jusquà ce jour et je serais très heureux den voir un plus grand nombre se réaliser. En ce qui concerne la coopération militaire avec lAlgérie, je suis prêt à aller plus loin, car je veux accompagner celle-ci dans ses efforts de professionnalisation et de modernisation de ses forces et faire face, à ses côtés, aux enjeux de sécurité en Méditerranée et au défi de la lutte contre le terrorisme et les trafics. Ainsi, je souhaite laboutissement de laccord qui avait commencé à être discuté avant mon élection, car il permettrait de renforcer la confiance entre les forces armées des deux pays, dintensifier le dialogue stratégique et de développer les actions de coopération déjà engagées, notamment en matière de formation des cadres. Différents chiffres circulent quant aux personnes en situation irrégulière en France. Allez-vous opter pour une solution policière et radicale pour le traitement de ce problème, dautant que vos déclarations, lors de la campagne électorale pour la présidentielle, ont suscité la crainte dassister à des refoulements massifs ? Quelle signification donnez-vous à ce qui est appelé « limmigration choisie » ? Quen sera-t-il de la libre circulation des personnes notamment pour les conditions doctroi de visas aux ressortissants algériens ? On ne peut ignorer la question des personnes en situation irrégulière. Cest une réalité qui pose un certain nombre de problèmes en France et à légard de laquelle jai pris des engagements vis-à-vis du peuple français qui ma élu. Pour autant, je souhaite résoudre cette question de façon concertée avec les pays dorigine et avec le maximum dhumanité. Mon objectif est de faciliter, et non pas de rendre plus difficile, la circulation entre les deux pays et, au-delà, entre la France et les pays du Maghreb. Cet objectif est même une partie intégrante de mon projet dunion méditerranéenne. Mais ceci comporte une contrepartie, à savoir une coopération sans faille pour lutter contre limmigration illégale et les filières clandestines. Léquation est très simple : plus nous serons convaincus que les Algériens, Marocains ou Tunisiens auxquels nous accordons un visa rentreront dans leur pays à lissue de leur séjour et plus facilement seront réadmis ceux entrés sans visas ou en situation irrégulière, plus nous serons généreux dans lattribution des visas. Je vous rappelle que lors de la visite que jai effectuée en Algérie en novembre 2006 en qualité de ministre de lIntérieur, je métais engagé à uvrer en faveur de la levée de la consultation Schengen, qui alourdissait les délais, et cest maintenant chose faite. Javais aussi annoncé la réouverture de notre consulat général à Oran et celle-ci est prévue pour septembre prochain. Il nous faut aussi transférer en Algérie les tâches qui sont encore assurées à Nantes et généraliser la biométrie. Notre objectif est dy parvenir avant la fin de cette année. De plus, nous avons augmenté le nombre de visas de circulation de plus dun an (34 000 en 2006) et allons continuer à le faire, pour tous les Algériens, hommes daffaires et universitaires notamment, qui contribuent à nourrir la relation bilatérale. Jencourage dailleurs nos amis algériens à faire de même. Quant à limmigration choisie, cest autre chose, puisque, par définition, il ne sagit pas de circulation, cest-à-dire de personnes de passage, mais de celles qui sont appelées à rester chez nous un certain temps. Il est normal que, pour celles-là, et comme cest le droit de tout pays souverain, nous décidions des critères qui vont nous amener à les sélectionner. Cest ce que font par exemple le Canada, les Etats-Unis ou lAustralie. Il faut dailleurs bien distinguer cette immigration, destinée à répondre aux besoins de la société et de léconomie françaises, de la situation des Algériens qui séjournent en France pour se former et ont vocation à retourner dans leur pays pour contribuer à son développement à lissue de leurs études ou de leur période de formation. En effet, il ne sagit pas pour nous dalimenter la « fuite des cerveaux », bien au contraire, tout en sachant quil appartient au pays dorigine de créer lenvironnement professionnel et social qui amènera les cadres ainsi formés à avoir envie dy retourner. Plusieurs pays et ensembles, à puissances diverses, uvrent actuellement à intensifier leurs relations avec la zone Maghreb. Comment la France perçoit-elle ses futurs rapports avec cette région sans donner limpression dévoluer dans un terrain conquis ? Et quelle est, selon vous, la meilleure solution pour régler définitivement le conflit du Sahara occidental ? Il y a plusieurs questions dans votre question. En ce qui concerne la première, il serait bien aventureux pour nous de considérer le Maghreb comme un « terrain conquis ». Notre histoire avec cette région nous enseigne une certaine prudence. Non seulement nous ne prétendons pas à des rapports exclusifs, mais ceux-ci ne seraient pas sains. Sur le plan économique, nos entreprises font face à une vive concurrence, et cest une bonne chose pour lAlgérie. Dans le domaine linguistique, je souhaite évidemment que lAlgérie reste un grand pays francophone et nous ferons tout ce que nous pourrons pour ly aider , mais il est bon aussi que de plus en plus de jeunes Algériens sachent langlais et légitime aussi que lAlgérie affirme son identité arabo-islamique et poursuive ses efforts en matière denseignement de la langue arabe. Dailleurs, nous souhaitons nous-mêmes renforcer lenseignement de larabe en France, qui correspond à une ancienne tradition mais aussi à de vrais besoins. Quant à la question du Sahara occidental, il est, en effet, grand temps dy trouver une solution durable, car sa persistance fait de toute évidence obstacle au rapprochement entre les pays du Maghreb qui pourront plus facilement relever les défis auxquels ils font face, quil sagisse des aspirations de leur population ou de la lutte contre le terrorisme. La résolution 1754, adoptée à lunanimité par le Conseil de sécurité le 30 avril dernier, a représenté une avancée. La première session des négociations directes sous légide des Nations unies, quelle a prescrites, sest déroulée près de New York les 18 et 19 juin et nous lavons saluée. Un nouveau rendez-vous a été pris. Jespère très sincèrement que ces discussions vont aboutir à une solution raisonnable, acceptable par chacune des parties, et suis certain que tous les pays de la région qui ont une influence sur ce dossier, dont lAlgérie, auront à cur dy contribuer. Elwatan.com