our l'ancien international allemand Lothar Matthäus, la compétition a été marquée par la réduction de l'espace de jeu.
Vous qui avez participé à cinq Coupes du monde en tant que joueur, comment jugez-vous ce Mondial par rapport aux précédentes éditions ?
Il est difficile de dire si ce Mondial est meilleur ou moins bon qu'un autre. En 1990, on disait que c'était moins excitant qu'en 1986. Puis, en 1994, on a dit que c'était moins fort qu'en 1990. C'est toujours ainsi, mais le football n'est pas un sport figé. Les tactiques de jeu évoluent perpétuellement. Ici, tous les matches n'ont pas été étincelants, j'en conviens. Mais l'ambiance de fête qui a régné pendant la compétition était fabuleuse, totale. Ce fut une grande fête populaire, la fête du football. Mon pays en a aussi profité pour montrer un nouveau visage au monde, ouvert et souriant.
Moins de buts ont été marqués cette année que lors des trois précédentes éditions de la Coupe du monde (2002, 1998 et 1994). Les défenses ont pris le pas sur les attaques, avec notamment la mise en place de blocs-équipes très resserrés. S'agit-il d'une tendance ?
L'espace de jeu s'est réduit, c'est une évidence. Il est devenu plus petit, plus compact, plus difficile à appréhender. Les différentes lignes jouent plus serrées entre elles. Cette Coupe du monde a confirmé l'avènement du 4-2-3-1, qui peut aussi se dupliquer en 4-4-1-1. L'Italie et la France jouent comme ça. Evoluer avec un seul attaquant de pointe, épaulé par un meneur de jeu juste derrière, deux milieux de couloir, deux récupérateurs et quatre défenseurs n'est pas nouveau. Au Mondial, ce schéma tactique s'est pourtant avéré payant.
Ce dispositif est-il l'avenir du football ?
Je ne sais pas. Tactiquement, j'ai trouvé les entraîneurs excellents, même s'ils ont parfois manqué d'imagination. Sur les quatre demi-finalistes, trois équipes ont joué avec un seul attaquant : l'Italie, la France et le Portugal, compte tenu de la position intermédiaire de Cristiano Ronaldo. Dans cette configuration du 4-4-1-1, les placements sont interchangeables. Il y a souvent deux milieux de couloir qui peuvent se transformer en ailiers. Le système devient alors un 4-2-1-3 avec trois attaquants. Personnellement, à Salzbourg, j'ai aussi choisi le 4-4-1-1, avec un milieu offensif qui tourne autour de mon attaquant de pointe... Mais il n'est pas aussi doué que Zidane ! D'ailleurs, à bien y regarder, les Allemands jouent également avec un seul attaquant : Klose. Podolski évolue légèrement en retrait, en appui direct.
La France et l'Italie s'affrontent en finale dimanche à Berlin. Vers quel pays votre coeur balance ?
Avant la Coupe du monde, j'avais prédit une finale entre l'Argentine et l'Italie. J'avais raison à 50 % ! Mais je n'en démords pas : je trouve que ces deux équipes étaient les plus équilibrées du Mondial. La France ? J'ai réellement été bluffé par ses derniers matches, qui ont démontré qu'il y avait vraiment de très grands joueurs dans cette équipe. A lui tout seul, Zinédine Zidane peut faire la différence. Regardez : il n'a pas flambé lors du premier tour et la France ne fut pas au top. Quand il est revenu à son meilleur niveau, tout a changé. D'ailleurs, la France continue de monter en puissance. Je suis aussi convaincu que la fraîcheur physique jouera un grand rôle dans cette finale.
Que vous inspire l'Italie ?
Le réalisme italien aura le dernier mot. Marcello Lippi est un coach sublime. En demi-finales, il voulait absolument éviter la séance de tirs au but face à l'Allemagne. Il a trouvé la solution en faisant rentrer Del Piero... qui marque le second but, à la 121e minute ! Ses joueurs sont exceptionnels. Enfin, tactiquement, les Italiens sont des experts : là-bas, dès qu'un enfant apprend à jouer au foot dans un club, on lui parle de tactique...
Quel style de match vont nous offrir les deux finalistes ?
Ce sera une finale très tactique. Les deux entraîneurs, Marcello Lippi et Raymond Domenech, auront peur d'encaisser le premier but, car la défense adverse sera ensuite verrouillée. D'ailleurs, ce "tout-défensif" est une tendance forte. S'il y a eu moins de buts en 2006 qu'en 2002, c'est que les équipes misent de plus en plus sur leur socle défensif. C'est peut-être l'une des raisons qui expliquent l'élimination de l'Allemagne de Jürgen Klinsmann. Son équipe était plus tournée vers l'attaque, elle a été très généreuse. Mais, vous savez, une finale de Coupe du monde se joue à pas grand-chose.
Peu de jeunes joueurs ont été révélés pendant ce Mondial. Pourquoi ?
Les entraîneurs misent de plus en plus sur l'expérience en alignant des joueurs capés. Je peux les comprendre : ils veulent limiter au minimum les facteurs impondérables, les mauvaises surprises et les baisses de régime inattendues qui peuvent parfois toucher les jeunes.
La chance est-elle l'un des "facteurs impondérables" que vous évoquez ?
J'aurais tendance à répondre non, même pour les séances de tirs au but. Quand Jens Lehmann arrête deux penalties contre l'Argentine, ce n'est pas de la chance. Il avait un petit papier sur lequel étaient notées les manières de tirer préférées des Argentins. Il était prêt. De la même manière, si l'Angleterre, la Suisse et l'Argentine ont été éliminées à l'issue des tirs au but, ce n'est pas en raison d'une quelconque malchance, mais d'un manque de préparation.
Que vous inspirent les actes d'antijeu qui ont émaillé cette édition, comme les simulations de penalty d'un joueur comme Cristiano Ronaldo - lequel Ronaldo s'est par ailleurs distingué en essayant d'influencer l'arbitre lors du match Portugal-Angleterre pour l'exclusion de Wayne Rooney
Un footballeur fair-play à 100 %, cela n'existe pas. On a beaucoup parlé de l'attitude de Cristiano Ronaldo face à l'Angleterre. Mais il n'est pas le seul footballeur à avoir mis la pression sur les arbitres. Sur le bord de la touche, les entraîneurs aussi ne se gênent pas pour contester l'arbitrage, parfois avec virulence. Et que dire de Diego Maradona ? Il a marqué un but de la main en phase finale de Coupe du monde face à l'Angleterre, ce n'était pas très fair-play. Et pourtant, main de Dieu ou pas, Maradona est une légende...
( Article : Lemonde.fr)