AFP
20.07.2006 - 19:57
Des accrochages meurtriers ont opposé jeudi des combattants du Hezbollah à des soldats israéliens en territoire libanais, au neuvième jour de leur conflit qui semble s'installer dans la durée malgré les appels à un cessez-le-feu immédiat.
Face à l'offensive israélienne dévastatrice contre le Liban, la plus grave en un quart de siècle qui a poussé des milliers d'étrangers à fuire le pays, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a réclamé un "arrêt immédiat des hostilités" et demandé au Conseil de sécurité d'"agir fermement".
L'opposition des Etats-Unis a empêché jusqu'à présent le Conseil de sécurité de demander un tel cessez-le-feu, alors que 72 personnes ont été tuées mercredi dans la journée la plus sanglante depuis le début de l'offensive.
Au neuvième jour du conflit, les combattants du Hezbollah ont affronté les soldats israéliens à l'intérieur même du Liban, près de la frontière israélienne. Selon l'armée, deux combattants du Hezbollah ont été tués et trois soldats israéliens blessés dont un grièvement. Selon la police libanaise ces accrochages se poursuivaient en soirée.
La télévision satellitaire qatarie Al-Jazira a fait état de son côté de la mort de trois soldats israéliens dans les accrochages.
Le Hezbollah a affirmé avoir bombardé à la roquette le siège du commandement militaire israélien à Safed, ainsi que les villes de Tibériade, Carmiel et Haïfa dans le nord d'Israël. La veille, deux enfants ont péri dans la ville arabe israélienne de Nazareth, visée pour la première fois par des roquettes.
Les chasseurs-bombardiers israéliens ont continué leurs raids dans l'est du Liban, où deux civils ont été blessés.
Avant l'aube, une vingtaine d'avions ont largué 20 tonnes de bombes sur le site d'un bunker du Hezbollah au sud de Beyrouth, mais le parti chiite a soutenu que le raid avait visé une mosquée en construction. L'aviation a aussi bombardé le QG du parti dans la banlieue sud chiite, presque en ruines.
Le président et le Premier ministre libanais, Emile Lahoud et Fouad Siniora, ont appelé à un cessez-le-feu, le premier accusant Israël de perpétrer un "massacre" et le second de mener son pays "en enfer". Moscou, le Caire, Ryad et le Vatican ont aussi demandé un cessez-le-feu immédiat.
Israël a cependant donné le ton, son chef d'état-major Dan Haloutz avertissant que la campagne militaire "pourrait durer longtemps", dans un message écrit adressé aux soldats. Le ministre de la Défense, Amir Peretz, a averti que son pays lancerait une opération terrestre "si nécessaire".
L'Etat hébreu, qui se bat sur deux fronts, au Liban et dans la bande de Gaza, exige la libération de deux soldats aux mains du Hezbollah et d'un autre capturé par des groupes palestiniens, le désarmement du parti libanais et le déploiement de l'armée libanaise à sa frontière nord.
M. Siniora a exhorté le monde à aider le Liban à désarmer le Hezbollah qui est "devenu un Etat dans l'Etat". "Ce n'est un secret pour personne que le Hezbollah répond aux agendas politiques de Damas et de Téhéran", a-t-il dit au quotidien italien Corriere della Sera.
L'offensive israélienne a fait depuis le 12 juillet 327 morts au Liban et poussé à un exode massif d'étrangers et au déplacement de plus de 500.000 Libanais. Vingt-neuf Israéliens ont été tués durant la même période, 15 civils dans la chute de roquettes dans le nord d'Israël et 14 militaires.
Les bombardements, qui ont détruit ponts et routes et visé les ports et aéroports, ont aussi infligé des dégâts évalués à plusieurs milliards de dollars par le ministre libanais des Finances Jihad Azour.
Pour le quatrième jour consécutif, l'évacuation d'Occidentaux s'est poursuivie au Liban avec le départ de quelque 400 Français pour la première fois de Tyr, une ville du sud soumise aux bombardements.
Les Américains poursuivent l'évacuation de leurs ressortissants par le port de Dbayé, près de Beyrouth, alors que la plus grosse évacuation de Britanniques a commencé au port de la capitale. Des milliers de personnes ont déjà quitté le pays à bord de navires et d'hélicoptères militaires.
Devant le Conseil de sécurité à New York, M. Annan a présenté les éléments d'un plan visant à résoudre la crise libanaise, comprenant un cessez-le-feu et la remise des soldats israéliens capturés par le Hezbollah aux "autorités légitimes libanaises".
Il a indiqué que ce plan, fondé sur les suggestions de la mission de médiation qu'il a envoyée sur place, doit "constituer la base politique de tout cessez-le-feu durable".
Selon ce plan, les soldats israéliens capturés "seraient transférés aux autorités légitimes libanaises dans la perspective de leur rapatriement en Israël et d'un cessez-le-feu". Il prévoit aussi le déploiement d'une force de maintien de la paix du côté libanais de la frontière.
Selon des responsables américains cités par la presse, Washington, inquiet du nombre élevé de victimes civiles, commence à envoyer des signaux à Israël pour lui faire savoir que son soutien à son offensive ne sera pas illimité, alors que la crise humanitaire s'amplifie.
"Il y a environ un demi-million de déplacés déjà. La situation est extrême", a averti l'Unicef au Liban, alors que le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés a prévu d'apporter une aide humanitaire.
Les déplacés ont fui leurs maisons pour s'installer chez des parents, dans les écoles, parkings et jardins publics.
Enfin le front sud d'Israël reste également chaud. Dans la bande de Gaza, deux Palestiniens ont été tués par l'armée qui poursuit depuis quatre semaines une offensive pour retrouver un soldat enlevé. Près de 100 Palestiniens y sont morts.
( Dossier AFP)