Retirer le titre de champion du monde au joueur italien Materazzi est le minimum, pour respecter léthique. Durant la remise du trophée, comme insensible à la joie des joueurs italiens, le monde entier était sous le choc. Des milliards dêtres humains, fascinés par la virtuosité du dieu des stades, Zidane, ont basculé, en une seconde, dans le traumatisme, le cauchemar, le malaise. Ne comprenant pas ce qui sest passé. Aujourdhui, tout le monde sait. Cela sera confirmé par les détails et létat desprit que décrira, preuves à lappui, le héros, Zidane. Lidole, lartiste, le génie du football moderne, le meilleur joueur de notre temps, a été injurié, piégé par un vil raciste. Même si, comme la logique lexigeait, larbitre avait sorti deux cartons rouges, lun pour Zidane, lautre pour le joueur raciste, lincident ne peut sarrêter là. Si la Fédération française de football et les organismes des droits de lHomme ne portent pas plainte et nobtiennent pas gain de cause auprès des instances concernées, ce sera une blessure morale à limpact mondial sans précèdent. Deuxièmement, sur le plan politique, la propagande fumeuse du choc des civilisations, la politique des deux poids, deux mesures, la haine de lIslam par ceux qui le stigmatisent en usant de lamalgame, son instrumentalisation par dautres qui usurpent son nom, et les discours qui sinventent des ennemis, ont atteint un seuil préoccupant. Lignoble acte raciste, qui sest passé à Berlin ce 9 juillet, nest pas anodin. Le président français, Jacques Chirac, au nom de la France, et de manière marquée, notre président Abdelaziz Bouteflika au nom de la mère patrie de Zidane, en le félicitant et en lui rendant un hommage appuyé, lont très bien compris. Zidane, par son geste de colère, a rappelé au monde entier que les exigences de lhonneur, de la dignité et de la fierté sont au-dessus de tout. Lacte de Zidane est celui dun être humain authentique et incorruptible. Il reflète, aussi, un malaise et un paradoxe de notre époque, tant ce héros sincère est admiré et sa communauté dorigine, dans les quartiers, ignorée ou maltraitée. Son geste a le mérite de faire symptôme et de provoquer les consciences. Tous les êtres épris de justice, plus que jamais, ont pour devoir, comme lui, de se solidariser et duvrer au vivre ensemble. Troisièmement, sur le plan sportif, la provocation blessante perpétrée par le joueur italien, plus proche des voyous que des athlètes délite, aurait pu être évitée. En 1998, Zidane a brillé et vaincu parce que le système de jeu était construit non seulement sur le potentiel et les qualités du joueur, mais aussi sur son mental. La « botte secrète » à lépoque est que les joueurs du milieu de terrain jouaient une sorte de « garde rapprochée » de Zidane. Les milieux défensifs étaient proches de Zizou afin, aussi, de le protéger contre les adversaires agressifs. Au contraire, durant ce mondial, Zizou, comme pièce maîtresse de léchiquier des Bleus, était une cible privilégiée pour les « mauvais » joueurs. Il semblait souvent isolé au milieu des adversaires qui non seulement tentaient de lempêcher de développer son football, mais surtout pouvaient lagresser, sous des formes insidieuses et malhonnêtes. La preuve est là. De plus, lessentiel du poids de la responsabilité engendrait trop de pression sur Zidane. Tout le monde le reconnaît, sans son talent hors pair et son abnégation, léquipe des Bleus naurait pas atteint la finale. Outre ses buts et ses actions décisives, il était contraint de courir sans arrêt. Il ne pouvait continuer sans réagir, seul, face aux agressions. La pire, celle à caractère raciste, invisible aux yeux du public, mais intolérable pour ce lion indomptable, lui a fait perdre sa légitime deuxième Coupe du monde. Mais elle lui a fait gagner la paix intérieure, une forme dimmortalité. La conscience tranquille pour toujours. Cet acquis vaut plus que tout lor du monde.
(*) Lauteur Mustapha Cherif est philosophe algérien, auteur de LIslam tolérant ou intolérant ? Edit. Odile Jacob.
(Article : Elwatan.com)