'armée israélienne a mené, mercredi 2 août, des raids aériens contre des objectifs dans la zone frontalière au Liban sud pour appuyer ses unités au sol engagées dans des affrontements violents avec les combattants du Hezbollah. Les forces engagées représentent six régiments, soit quelque 7 000 hommes, a indiqué un porte-parole du commandement Nord de l'armée israélienne, le commandant Tzvika Golan. Des unités du régiment d'infanterie Golani, du régiment de parachutistes, des colonnes de blindés et des unités de réservistes sont également impliquées, a-t-il précisé.
![]() |
Le deuxième axe de l'offensive israélienne a lieu plus au nord et vise à la prise du village d'Aadaissé à partir de Raab Al-Talatine, selon la police. Le Hezbollah a affirmé avoir détruit trois chars Merkava et un bulldozer. Les combats dans ce secteur ont lieu depuis lundi.
Selon la télévision du Hezbollah, des affrontements ont lieu également à proximité du village chrétien frontalier de Rmeich. L'aviation israélienne a également mené des raids contre le village de Bint Jbeil, où de violents affrontements avaient eu lieu il y a une semaine entre le Hezbollah et une unité israélienne qui avait occupé le terrain avant d'être forcée de se retirer. Huit militaires israéliens avaient été tués.
Alors que les responsables israéliens ont affirmé que l'offensive en cours au Liban avait atténué les capacités du Hezbollah, la formation chiite a tiré, mercredi des dizaines de roquettes depuis le sud du Liban sur le nord et même le centre d'Israël. A 13 h 30, 160 roquettes avaient été tirées sur Israël.Certaines roquettes sont tombées à proximité de Beth Shéan, la localité la plus éloignée jamais atteinte par ces tirs, à plus de 60 km de la frontière libanaise, a annoncé la radio publique israélienne. La distance parcourue par ces roquettes met à portée des tirs du Hezbollah la région centre d'Israël, particulièrement peuplée du côté du littoral méditerranéen. Les autres localités touchées sont Safed, Maalot, Tibériade, Carmiel, Saint-Jean-d'Acre, Kiryat Chmona, Nahariya et Rosh Pina. Ces tirs ont fait un mort et 19 blessés, dont 2 sont sérieusement atteints, selon la police israélienne. Vendredi, des roquettes avaient atteint le secteur d'Afoula, à environ 50 km au sud de la frontière libanaise. Le bilan le plus lourd pour une journée entière, dimanche, était de 156 roquettes, sur le nord d'Israël.
En outre, le Hezbollah a affirmé avoir bombardé des positions israéliennes dans le secteur occupé des fermes de Chebaa.
OPÉRATION-COMMANDO À BAALBEK
Parallèlement, des combats ont eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi, opposant dans la région de Baalbek, bastion du Hezbollah dans l'est du pays, une unité israélienne héliportée à des combattants du mouvement chiite. Selon un bilan provisoire de la police libanaise, onze civils, dont un Syrien, ont été tués, et six Libanais ont été enlevés lors de cette opération. Une porte-parole militaire israélienne a, pour sa part, annoncé que l'armée israélienne avait enlevé plusieurs membres du Hezbollah et en avait blessé ou tué plusieurs autres durant cette opération. Elle a aussi affirmé que toutes les forces israéliennes qui ont pris part à l'opération sont retournées indemnes à leur base de départ. Le Hezbollah a démenti le rapt de ses membres et qualifié l'opération de "fiasco".
L'héliportage avait été préparé par une série de raids aériens au cours de laquelle l'aviation israélienne a tiré une trentaine de roquettes. Le commando israélien a atterri au sud-ouest de Baalbek vers 0 h 30 locales (23 h 30 à Paris), et des dizaines de combattants du Hezbollah seraient accourus sur les lieux pour l'affronter, selon le parti chiite. Des habitants des villages environnants ont confirmé à l'AFP le déroulement de l'opération héliportée. "Des Israéliens ont atterri. Ils tirent dans tous les sens. Il y a beaucoup de morts et de blessés chez les civils ", ont-ils affirmé au téléphone. Des habitants de Baalbek ont aussi dit entendre distinctivement les tirs et affirmé que la zone des affrontements était illuminée par des fusées éclairantes.
Citant le quotidien israélien Yediot Aharonot, la télévision libanaise LBCI a indiqué que l'opération israélienne visait à capturer notamment Cheikh Mohammad Yazbeck, un des responsables du Hezbollah.
"CESSATION IMMÉDIATE DES HOSTILITÉS"Sur le plan diplomatique, les efforts se sont poursuivis pour obtenir un arrêt du conflit. Le Conseil de sécurité de l'ONU a continué de travailler sur les termes d'une résolution qui prévoirait notamment l'envoi au Liban sud d'une force internationale musclée demandée par les Etats-Unis. Ceux-ci continuaient cependant de refuser d'appeler à un cessez-le-feu immédiat.
Une réunion des pays contributeurs potentiels à une future force internationale au Liban a été reprogrammée à l'ONU pour jeudi. A New York, une source diplomatique qui a requis l'anonymat a annoncé, mardi soir, que "la France ne participera pas à cette réunion qu'elle estime prématurée". Contrairement aux Etats-Unis, la France conditionne l'envoi d'une force internationale au Liban à l'instauration d'un cessez-le-feu et à un accord politique.
A Bruxelles, les ministres des affaires étrangères des Vingt-Cinq ont renoncé, mardi, à appeler à "un cessez-le-feu immédiat" au Liban face, notamment, à l'opposition du Royaume-Uni, préférant préconiser une "cessation immédiate des hostilités en vue d'un cessez-le-feu durable", selon une source diplomatique.( Le monde.fr)
Guerre d'image
utre la libération de ses deux soldats prisonniers et l'arrêt des tirs de missiles et roquettes sur le nord du pays, les objectifs d'Israël dans sa guerre au Liban sont encore flous. L'un, affiché, est le désarmement du Hezbollah libanais ou, du moins, sa neutralisation. L'autre, confié en "off" par des responsables israéliens, est simplement que le Hezbollah sorte du conflit avec "une image de vaincu".e moins qu'on puisse dire est que ce dernier objectif, le plus modeste, est loin d'être atteint ; et que cette guerre de l'image avec l'ennemi, cette guerre politique, qui sera cruciale si aucun des belligérants n'obtient une victoire militaire totale, a peu de chances d'être gagnée par Israël.
D'un côté, le Hezbollah améliore son image au Liban et dans le monde arabo-musulman. Certes on lui reproche, y compris à Beyrouth, la capture des deux soldats de Tsahal, sachant qu'elle entraînerait une riposte militaire. Mais l'ampleur de l'offensive israélienne, l'étendue des pertes humaines et des destructions, l'impuissance perçue comme de l'indifférence de la communauté internationale et, surtout, la capacité du Hezbollah à résister aux assauts israéliens sont autant de faits qui jouent en faveur du mouvement armé chiite.
Du côté israélien, à l'inverse, la guerre de l'image est loin d'être gagnée. On ignore si la méthode militaire adoptée sera efficace et victorieuse. Elle est en tout cas politiquement désastreuse. En bombardant le Liban tout entier, en détruisant les infrastructures civiles, en tuant plus d'enfants que d'hommes armés, en provoquant un flot de plus d'un million de réfugiés, en annonçant que tout Libanais du Sud peut être considéré comme un suppôt du Hezbollah et peut donc mourir, Jérusalem attise la haine d'Israël au Liban et dans le monde arabo-musulman. Il est vrai que les Israéliens n'ont guère d'illusion sur la possibilité de corriger leur image au Proche-Orient et dans une grande partie du monde.
Après le choc du 11-Septembre, après la reprise du conflit israélo-palestinien, après le fiasco américain en Irak et l'intensification de la lutte djihadiste, la guerre menée au Liban avive le ressentiment envers l'Etat juif, son allié américain et l'Occident en général.
Puisque Israël étend encore son offensive aérienne et terrestre et que la communauté internationale n'est pas unie pour exiger un cessez-le-feu, il est vraisemblable que la guerre va continuer. L'avenir dira qui est militairement vainqueur, même si ces trois premières semaines de conflit indiquent qu'il est possible qu'il n'y en ait aucun.
De toute façon, il est déjà acquis que le Liban pardonnera l'acte de guerre initial du Hezbollah - la capture par des combattants de deux autres combattants -, mais qu'il ne pardonnera pas Cana.
( Lemonde.fr)