Voilà près de trente ans que je suis cette question comme journaliste. Je me suis rendu maintes fois en Israël en Cisjordanie ou à Gaza. Au fil des années j'ai dabord couvert lactualité dans ces pays puis commis de nombreux éditoriaux sur ce conflit vieux de plus d'un quart de siècle. Et pourtant je demeure toujours surpris par les réactions passionnelles qu'engendre la moindre analyse sur ce sujet explosif.
Pas plus tard qu'hier matin l'analyse que j'ai proposée dans mon éditorial quotidien m'a valu une avalanche de réactions les unes vengeresses, agressives, parfois ordurières, les autres au contraire dithyrambiques. Toute la journée le téléphone n'a cessé de sonner et les e mail de pleuvoir dans ma boite.
Je n'avais pourtant rien dit d'insultant pour quiconque. J'avais seulement eu le malheur d'estimer que la réaction du gouvernement israélien à l'enlèvement du jeune caporal paraissait disproportionnée par rapport à l'événement. J'en tirai la conclusion qu'Ehoud Olmert avait probablement saisi cette occasion pour en faire le prétexte d'un anéantissement du Hamas. Ce qui ne pouvait que radicaliser les positions au moment même où la formation islamique sapprêtait à rédiger une charte avec lOLP dans laquelle elle reconnaissait implicitement lexistence dIsraël. Cette analyse était celle-là même qu'avaient faite des journalistes israéliens à Jérusalem. Oser ce propos a été jugé profondément scandaleux par certains et éminemment courageux par d'autres.
Cette approche n'avait pourtant rien de bien original? Elle était de bon sens. Cette analyse était celle-là même qu'avaient faite des journalistes israéliens à Jérusalem.
Mais j'avais fait pire ! J'avais osé qualifier de « terrorisme d'Etat » l'enlèvement par Tsahal, sans autre forme de procès, de 6 ministres et d'une vingtaine de députés du Hamas. Peut-on dénommer autrement ce genre de pratique peu commune ?
A la suite de cet édito que vous retrouverez sur ce blog à la date dhier jai donc reçu un grèle dinjures certains nhésitant pas à maccuser dantisémitisme, et à une pluie de félicitations dautres louant le courage que javais de tenir des propos qui ne soient pas politiquement corrects.
Je ne mérite certainement pas pas cet excès dindignité non plus que cet excès dhonneur. Ceci démontre seulement quil est toujours aussi difficile daborder froidement, raisonnablement, cet Orient compliqué et, en son sein, le problème israélo-palestinien . Ceci vient me rappeler que le débat est encore peut-être plus passionnel dans les deux diaspora que sur les terres impliquées.
Si daventure vous êtes tentés de consulter lédito contesté, livrez-moi votre opinion. Jy serai sensible.
Pierre-Luc Séguillon